_____C'est qu'elle aurait raison, Kami, de lorgner les bicyclettes d'un mauvais ½il, car, elle allait devoir pédaler dans la semoule écossaise, puis anglaise, et ce jusqu'à Porstmousse. Elle pourrait d'ailleurs dire merci au Père Inventaire de sa femme, qui, ayant offert à celle-ci une nouvelle pompe à vélo pour sa majorité, m'aurait donné cette idée de voyage. On serait alors tous les quatre parés, prêts et équipés pour le départ. L. dans les chaussures roses fluo de sa femme, Kami dans celles, vertes, de son épouse. Dieu n'aurait pas besoin de chaussures, car il est divin tout de même, mais porterait, pour le plaisir des yeux, des sandales romaines, dont les lacets de cuir montraient jusqu'aux épaules. Quant à moi, j'aurais opté pour des espadrilles, la pluie britannique étant au rendez-vous, afin non seulement de pédaler plus vite, car d'appuyer plus fortement avec mes dix centimètres de talon à chaque tour et d'exercer une force supérieure car qu'on se le dise vingt centimètres de talon en tout, cela pèse, mais aussi de m'habituer à marcher avec de la hauteur, c'est que je ne voudrais pas avoir le vertige quand je serais sur les planches.
_____L.. et Kami se battraient alors, car elles ne seraient pas d'accord sur laquelle d'entre elles auraient perdu les clefs du château. Je m'en irais alors discutailler avec Dieu un instant, car, entre nous, ce serait moi qui les aurais égarées. L'instant dura cinq minutes. Kami et L. se battraient alors, car elles ne seraient pas d'accord sur la façon de fermer le château désormais. Je m'en reviendrais alors avec Dieu, car, entre nous, j'aurais une petite idée de comment m'y prendre. Je leur dirais de m'attendre tous trois bien gentiment sur leur selle respective, j'irais verrouiller la lourde porte de bois de chêne centenaire de l'entrée, et reviendrais bien vite en déclarant mystérieusement :
« Il y a toujours une solution face à l'ouverture. »
_____Cousin sourirait alors comme un chimpanzé qui aurait le droit d'être figurant dans un dessin animé sur la chaîne prolétaire et qui parlerait from time to time anglais avec une latino américaine quand ça leur chante, car il aurait tout compris de ma manigance et ça le ferait sourire parce qu'il aime bien les chimpanzés, les tartes à la banane, et quand je fais ce genre de blagues. Il nous faudrait environ une demi-journée pour dévaler collines et jardins de notre propriété et pour atteindre les limites de celle-ci en chantant silencieusement des airs pour instruments à vent. Le grand portail de feuillage massif serait alors fermé. Je me tournerais vers la faible assemblée importante avant de déclarer, avec toute la théâtralité et le faste dont je pourrais faire preuve :
« Rester donc en équilibre précaire sur vos deux-roues, le premier qui met pied à terre avant que j'aie ouvert un passage parmi la verdure aura gagné le droit de rester ici. »
_____Kami, que la possibilité d'un effort physique effrayait déjà soufflerait, histoire sans aucun doute d'emmagasiner un maximum d'oxygène et de me montrer, par la même occasion, qu'elle ne camperait pas ici éternellement. Avant qu'elle ait pu terminer sa gymnastique pulmonaire, j'aurais déjà joué de la clé discrètement et ouvert la voie à mes compagnons de route. Devant le regard énervé de Kami, celui suspicieux de L. et le dernier amusé d'Alexis, je dirais pompeusement :
« Il y a toujours une solution face à la fermeture. ».
_____Alors on serait fatigué, on s'assiérait à même le sol humide et chaud. Kami déciderait d'un commun accord –à la vue du ciel qui s'assombrirait, elle oublierait que nous serions sous des arbres, en pleine forêt- que le moment serait venu de planter la tente. En disant cela elle se tournerait vers L. car c'est Dieu qui aurait, dans son sac, la dite tente, qui, déployée, ferait bien dans les trente mètres carrés, même s'il n'y aurait que trois chambres, une kitchenette et un semblant de salle de bain. Celui-ci arracherait donc enfin de son dos le sac, et ses épaules retrouveraient leur déploiement habituel, c'est que ce serait lourd cette tente de pauvres ! Mais on l'aurait choisie car elle se montrait en deux secondes, il nous suffirait de la lancer en l'air, et elle retomberait au sol magiquement et entièrement montée. L'ennui, et nous nous en rendrions compte bien vite, c'est qu'il ne serait pas prévu dans l'habitacle de place pour nos meubles Ikea, mais seulement pour de simples ersatz en plastique. La tente serait donc beaucoup trop lourde et il faudrait tous les efforts répétés de Dieu, tous les cris de Kami, toute la paresse de L. et moi, et quatre heures de temps pour que les deux secondes s'écoulent. Il ferait alors nuit et après le repas préparés par les femmes, je les ferais tous tirer à la courte paille pour savoir qui dormirait dehors. Cela tomberait sur Dieu alors L. l'inviterait dans sa chambre de camping.
_____Nous ne trouverions alors sur l'instant pas ça louche, malgré tout ce que m'aurait dit L. pendant que les deux acharnés s'acharneraient à déplier la tente, et ce uniquement parce que nous serions morts de fatigue.
_____Le lendemain, l'esprit clair et ressuscité, nous repartirions en voyage, non sans avoir perdu trois secondes à replier la tente. Nous serions désormais en terre inconnue et, pour ne pas qu'elle ait peur, je dirais à Kami qu'il ne faut pas être effrayée comme ça, que, même si elle n'est plus habituée depuis des années à quitter notre château, c'est ce que les gens normaux font tous les jours. Elle n'aurait plus du tout peur, mais je continuerais en disant que en fait les gens normaux il leur arrivait de mourir des fois, mais ça ne la tétaniserait pas pour autant.
_____Parce que le voyage serait quand même long et que j'aurais tout de même mal aux pieds avec ces chaussures, on s'arrêterait une semaine plus tard sur les bords d'une rivière, dans l'herbe, les pieds dans l'eau et la tête dans les nuages.L. s'endormirait bien vite car elle aurait été la dernière à ne pas dormir dehors, car quand on dort dehors, on ne dort pas. Elle aurait pioché la mauvaise brindille et Kami et moi ne l'aurions pas acceptée dans notre chambre respective juste pour voir ce que ferait Alexis, et celui-ci, je-m'en-foutiste comme une poule qui trouverait un ½uf d'or, serait allé tout droit dans ses quartiers, sans rien demander à personne. Ce dernier maintenant lirait prudemment Proudhon, L. dormirait et j'en profiterais bien vite pour vous faire une petite description de l'endroit, du lieu et de l'envers du décor avant de tomber à mon tour amorphe, et morfler en touchant de mon corps mou la terre dure, et y trouvant sur le sol, entre deux grosses pierres qui m'auraient brisé aisément et sans tracas mais dans un grand fracas la nuque et la cavité occipitale de mon crâne, le sommeil. J'aurais juste le temps de m'apercevoir que le ciel serait complètement dégagé, d'un bleu de cataracte scandinave, avant de m'effondrer de tout mon long dans les pâquerettes. C'est là, entre les herbes aussi hautes que folles, dans ce paillasson naturel grouillant d'insectes aussi dangereux qu'inoffensifs mais qui chatouillent et qui grattent bordel, sur une motte de terre qui s'agiterait car sous laquelle une taupe en kilt pousserait afin se sortir mais qui préférerait mourir, c'est que je pèserais mon poids, que, n'ayant aucune idée de tout ce qui m'entourerait, je rêverais. Mais comme le premier rêve serait inintéressant –c'est que je pense à vous– je ne vous en ferais pas part, d'autant que je l'aurais oublié ; voilà pourquoi je passerais directement au second :
Une méga-birthday-garden-party, la nuit, dans une maison. Celle de ma grand-mère où ma grand-mère n'habite plus. C'est l'anniversaire de mon professeur d'arts plastiques, il a dix-sept ans. C'est la fin de la soirée, Kami, Sainte-Agate, Lucie et moi sommes en train de faire un feu de camp dans la salle à manger. Quand on se dirige vers la sortie afin d'aller se bourrer avec des canettes de bière pas bonne et coupantes, on entend comme le bruit d'une bagarre. On ne s'était pas trompé de beaucoup, car il s'agissait d'une baston. Mon professeur d'arts plastiques et un élève du lycée qui dans ma tête a toujours été lié à l'image d'un SS (et ce justement parce que je n'en ai jamais vu), se lancent bouteilles de verre et autres anorexiques. Ça chauffe dur, et c'est pourquoi, Sainte-Agate, récupérant une bouteille vide mais intacte, y met le feu en soufflant par le goulot. Ça nous fait peur et Kami la lance alors contre la maison, qui prend forcément feu. Le mur de béton brûle si vite que les flammes le consument bien rapidement, laissant voir à travers la chambre qui était auparavant de l'autre côté du mur. Comme les pompiers dans les films, on traverse le mur de flammes, pour réveiller les deux idiots qui dorment dans le lit afin qu'ils arrêtent le feu, et nous décidons alors de retourner à notre feu de camp, devant notre télé qui est un écran géant sans images qui défilent.
_____C'est là, oui exactement là, quand je me rendrais compte avec une pointe de tristesse et de désappointement que l'écran est éteint, que je me ferais réveiller par Kami qui hurlerait qu'elle venait de se faire réveiller parce qu'une carpe britannique lui avait mangé un orteil. Je lui dirais, encore endormi, que mis à part l'équilibre, elle ne perdrait pas grand-chose et que ça lui ferait économiser du vernis à ongles de surcroît. Elle se rendormirait bien vite, rassurée, et je ferais de même, rasséréné :
Je suis dans une petite pièce qui constitue un appartement exigu. J'ai un chat de la taille d'une vache sur mes genoux, au pelage blanc comme la fumée qui sort par les pots d'échappement et au bout des pattes et du museau gris comme les pétales de marguerite. On frappe à la porte et je cris : « 'm comin' » ou plutôt « Come in » et c'est plutôt la deuxième chose qui se produit. Un homme en sueur et en short, une raquette à la main, me lance alors un livre au visage et qui, en retombant, s'ouvre sur une page vierge, hormis le « A Ernest Gulbis » entouré au feutre rouge qui fend italiquement le papier recyclé. Je lui dis que ça fait bien longtemps que je me demande quand il va venir, ce à quoi il répond qu'il aura fallu plus de temps à un traducteur letton qu'à lui, de déchiffrer mon roman. J'apprends au passage dans mon rêve, que letton se dit « latvian » en angliche et je dis merci à Freud. On continue de discuter, et à chaque mot anglais prononcé le chat rétrécit, de vache il passe à chaise, et enfin il est chat quand Lucie arrive pour le prendre. Comme elle ne sait pas comment l'appeler elle l'appelle SimoneDeBeauvoir-Amandla-OlympeDeGouges-VirginiaWoolf et la chatte saute dans ses bras. Les deux femelles parties, le rêve devient érotique.
_____En me réveillant, je me dirais que ce serait de la faute à Kami, ces rêves érotiques, elle n'avait qu'à pas me faire lire des trucs avec des charmes de lubrification et autres doubles-pénétrations non plus, mince à la fin. On reprendrait la route, et, pour passer le temps, on déciderait de parler, et c'est Kamii qui commencerait en me disant :
Kami : Tu penses à lui au passé et simplement c'est dur, tu connais mal ta conjugaison.
L. : Ma prof d'allemand, cette inculte de la matière qu'elle ose daigner enseigner, me demande d'arrêter de faire tant attention aux désinences.
Calum E.T. Jane : Des nuisances, j'en ai plutôt marre, c'est que je veux de l'intelligence ou du silence en cette période d'examens.
Dieu : Voilà un salut bien français pour des culottes à la française. Tu as joué les faux-jetons, hier soir.
Kami : Oui, tu m'as flanqué les jetons avec ton histoire de pièce. Je me demande s'il n'est pas trop tôt.
L. : Pas plus tard qu'hier, cette incapable me dit que je parle trop bien allemand pour elle, c'est bien évident qu'elle n'a rien à faire là.
Calum E.T. Jane : il n'avait rien à faire là, ce nuisible que j'ai éjecté de ma vie. Oui on s'est moqué de lui avec nos cartons à dessin mais que veux-tu, je ne peux être amoureux d'un tel sac d'os.
Dieu : En te faisant la belle, oui, monsieur, en te faisant la belle. Tu ne comprends pas ?
Kami : Je comprends bien finalement que tu aies besoin d'écrire sur votre rupture pour pouvoir passer à autre chose.
L. : Alors pour changer de sujet, elle revint au texte. Elle ne savait pas que ça irait de mal en pis.
Calum E.T. Jane : Mais les choses empirèrent, et cela uniquement parce que je ne voulais pas m'abaisser au rang de pédétitude ignorante.
Dieu : Autant dire que, dans un cas comme le tien, un homme risque fort de se faire un tour de reins à force de faire des courbettes.
_____Ici nous ferions une petite pause, juste par souci pour le lecteur, pour ne pas qu'il se perde. C'est que nous aurions beau faire un dialogue de sourds, nous nous serions entendus sur le fait qu'il nous faillasse expliquer à celui qui nous lit qu'aucun de nous ne parlait de la même chose. Kami m'entretiendrait de mon projet littéraire, tandis que L. nous raconterait une anecdote germanophone, je me plaindrais pour ma part des déconvenues inconvenantes dont je serais l'objet, alors que Dieu répèterait tout bonnement son texte. La chose étant dite, ma femme poursuivrait :
Kami : Et puis Bérénice, ce classique, tu le réécrirais si bien, que tous en oublieraient les versions classiques.
L. : le type classique et caricatural de la prof ignorante. Elle nous demande de lui faire traduire les mots allemands qui nous sont inconnus.
Calum E.T. Jane : L'inconnu moustique, écrasé sur la vitre de l'oubli -c'est que je n'ai pas de temps à perdre-...
Dieu : Naturellement, tu touches droit au but.
Kami : Si ton but est de ramener ton amour cependant, laisse-moi douter de la réussite de ton entreprise.
L. : Une élève de ma classe déclare alors « Maintenant c'est pour la paix », devant les yeux interdits d'incompréhension du déchet de l'éducation nationale.
Calum E.T. Jane : ...j'apprends qu'un autre me colle aux sabots. Dois-je rejouer de la cravache ?
Dieu : Mais je suis l'étalon même de la courtoisie.
Kami : Je te le dis en toute politesse, Mari. Cependant je suis convaincu, que ce sera un chef d'½uvre de littérature que tu vas nous pondre.
L. : Elle n'avait pas compris la poule dont le petit pois baignait dans l'eau que « Maintenantc'estpourlapaix » ne constituait pas un seul mot allemand.
Calum E.T. Jane : Je préfère attendre de savoir de qui il s'agit avant d'agir, c'est que ce puissant Thor est peut-être beau comme un dieu le bougre.
Dieu : Exact.
_____Ici nous referions une pause, et plus par souci pour le lecteur, c'est que c'est nous qui serions perdus. Kami aurait subi un choc que je n'expliquerais pas, mais elle m'aurait expliqué quelque chose qui m'aurait choqué. Mais cela n'arrêterait pas les deux autres pour autant, bien au contraire, les voilà qui s'enflammeraient comme si leur vie en dépendait (c'est que j'ai toujours rêvé d'écrire cette phrase mais vous avouerez avec moi qu'il est difficile de le faire sans ironie) et crierait peut-être dans le but de compenser notre silence. Ma femme ferait semblant de prolonger :
Kami : Ok, c'est bien.
L. : Mais mes notes me permettent de prétendre croire que je pourrais continuer l'allemand l'année prochaine.
Calum E.T. Jane : Comment prétendre maintenant que je ne sais pas, comment réagir au théâtre, devant Lucie, comment ne pas lui dire ?
Dieu : Ton esprit est vraiment comme une pomme douceâtre, c'est une sauce qui pique.
Kami : ...
L. : Comme ça je finirais par devenir bilingue, là où il est clair qu'il n'en sera rien de vous pauvre Calum etc.
Calum E.T. Jane : Kami ? Kami tu t'moques de moi ? Pourrais-je savoir à quoi répond ce silence ?
Dieu : Oh ! ton esprit est comme de la peau de chevreau qui, d'un pouce de long, s'étire jusqu'à faire une belle verge.
Kami : (un semblant de toussotement)
L. : votre silence futur montre bien que vous êtes jaloux mon bon mari ! Ah ! Jouissance ! Je vous surpasserais, me voilà aux cieux !
Calum E.T. Jane : ...
Dieu : Eh bien, tout cela n'est-il pas mieux que des gémissements d'amour ? Maintenant te voilà sociable, te voilà à nouveau Roméo, non plus tête de lard mais tel que t'ont fait l'art et la nature, car cet amour pleurnichard est comme un grand nigaud qui court partout, la langue pendante, pour fourrer son joujou dans un trou.
_____Et il en serait ainsi pendant les trente jours de la traversée de l'île. Nous serions arrivés à Plymousse, où nous attendrions un ferry pour la côte ibérique. Nous ne serions pas les seuls à patienter car j'entendrais un petit tout tâché de rousseur pleurer : « oh le bateau il va pas arriver, il va pleuvoir. » C'est ici, sous la pluie que nous verrions pour la dernière fois pendant notre voyage, que Dieu crierait, les larmes aux yeux : « La peste soit de vos deux maisons ! La peste soit de vos deux maisons ! » avant de tomber dans la mer, c'est qu'il verrait mal à travers le flot lacrymal, que le pont ne mènerait pas encore au bateau, puisque ce dernier arriverait tout juste à l'horizon. En deux temps (le soleil aurait remplacé la pluie) et trois mouvements (nos yeux qui voyaient Dieu tomber, nos bouches qui criaient, nos mains qui retenaient L. qui allait sauter), le ferry serait arrivé, nous y monterions alors. Et c'est ainsi que nous repartirions sans Cousin, et que Kamii déclarerait, au vu des circonstances actuelles : « Ce couillon notre mouchoir », ce que nous ne manquerions pas de faire.
_____Le départ dans le pathos effectué dans les règles du Titanic, nous pourrions effacer d'un geste du mouchoir, nos larmes fictives de cinéma. C'est que Dieu ne serait pas Leonardo non plus, Kami, elle au moins, ne me contredirait pas sur ce point. Laissant alors L. dans son rôle de veuve tout juste éplorée mais non encore efflorée, je choisirais d'aller m'entretenir à l'écart avec mon autre femme. Nous irions tous les deux sur le ponton, parce qu'entre nous, la poupe ou la proue je n'ai jamais su et je ne voudrais jamais faire la différence, et, comme des maîtres du monde, on ferait prendre le vent à nos cheveux pour reboucher nos pores. Je voudrais lui parler de l'incident de communication que nous aurions essuyé durant la traversée de l'Angleterre, alors je lui crierais :
« Terrien, plus rien du tout pour moi ! »
Mais elle n'entendrait pas parce que la mère de Pocahontas en sifflant lui soufflerait à l'oreille cette magnifique allitération : Les créatures de la nature ont besoin d'air pur. Alors elle chanterait de concert avec la sauvage et au son des tam-tams, et alors là c'est sûr, je devrais attendre encore un peu avant de pouvoir lui parler.
_____Elle reviendrait plus tard à ses esprits, -enfin pas tout à fait car elle me parlerait de peindre du vent ou une autre connerie comme ça et je me dirais qu'il faudrait quand même qu'elle arrête Walt Disney- et me rejoindrait sur un des côtés du ferry parce qu'entre nous, bâbord ou tribord, je n'ai jamais voulu et je ne saurais jamais faire la distinction.
« Sais-tu à qui est la lune Jane ? » me demanderait-elle avec toute la candeur dont elle peut faire preuve quand elle sait que je lui ai déplu. Alors pour toute réponse je lui demanderais à quoi rimait son silence, depuis trente jours.
« Un problème téléphonique sans aucun doute ».
Je me dirais tout de même, qu'elle a de la chance cette petite paysanne de la Loire, que je l'aime comme un mari bat sa femme, sinon j'aurais pu me fâcher tout rouge et déclarer avec sérieux qu'on devrait instaurer la peine de mort sinon pour des raisons d'éthique au moins économiques.
_____Calmé, je déciderais d'aller faire une sieste et Kami serait d'accord, c'est que nous n'aurions pas dormi depuis le matin, L. pourrait continuer à pleurer cependant pendant de longues heures encore, c'est que la proportion d'eau dans son organisme serait trop importante et qu'elle risquerait de se noyer, si elle ne remédiait pas à ce problème en sécrétant toutes les larmes de son corps de crocodile. Pour notre part, nous nous échouerions comme des baleines mourantes sur notre lit respectif (c'est que dans ce genre de Paquebot, les places sont chères et qu'il fallût nous serrer comme des sardines à l'huile dans un réduit à balais) et nous endormirions avant de toucher le matelas, dur comme un rocher recouvert d'algues glissantes. Je croirais rêver de jeunes blacks dans un ghetto américain, mouillés jusqu'aux cheveux tondus dans des affaires de drogue et d'argent sale, de meurtre pour le gang, mais je me rendrais compte en me réveillant, que toute cette histoire proviendrait d'un poste de radio laissé allumé par mégarde, et je me dirais que quand même, c'est bien d'avoir enfin une preuve que nos rêves n'ont rien à voir avec notre inconscient, mais baignent dans les souvenirs sensitifs ambiants, n'en déplaise à Freud. Je laisserais ma femme à l'ouïe moins fine mais au sommeil plus lourd, dormir encore un peu, et sortirais de la cabine dans l'espoir de retrouver l'autre de mes épouses, car j'aurais quelques peurs : je viendrais de me rendre compte qu'elle pouvait choisir à tout moment –malgré tous ses idéaux- de sauter par-dessus bord et se jeter en pâture aux requins.
_____Mais qu'elle ne serait pas ma surprise de découvrir, plutôt que ma femme famélique, un troupeau d'éléphants de mer échoués sur la même plage que nous. Je verrais ces monstres de graisse et me dirais, perspicace et lucide, que j'aurais en spectacle l'avenir de l'homme, dans toute son horreur. C'est que j'aurais vite fait de comparer ces mammifères, que tout oppose à l'agile chaton, à la rapide gazelle, de comparer donc des anti-mammifères aux macdonaldisés, quickisés, et autres kingchickenisés américains, négations de l'humanité. Ce seraient les mêmes bourrelets dansants quand le moment de se trémousser viendrait, les mêmes membres atrophiés par cette masse bonasse de gras, les seules différences notables comprendraient la trompe du mâle et les moustaches des femelles, les poils des nouveau-nés. Je me délecterais de ma comparaison, heureux comme seul peut l'être celui qui vient de découvrir une réponse existentielle à l'histoire de l'humanité, je comprenais désormais l'allégresse des paléontologues découvreurs de Lucy, la satisfaction de Darwin, et la délectation de Tarzan.
Ce serait à ce moment que Kami arriverait, et gâcherait tout mon plaisir en certifiant, d'un ton péremptoire qui n'appelait aucune répartie :
« Ce sont les surimis, ils ont des effets néfastes et irréversibles sur leur pauvre santé, d'où les trois tonnes. Merci Coraya, merci la mer. »
J'essaierais de cacher mon rire et nous nous mettrions à la recherche de notre femme, et, chemin faisant, nous croiserions pléthore de grabataires, croyant un temps que pendant que nous dormions, on nous avait échangé le navire, nous nous prendrions d'une panique affolante. Mais après avoir fait quatre fois le tour du paquebot en courant et criant que nous avions dormi pendant soixante-ans, nous serions tellement essoufflés que nous nous arrêterions à la cafétéria, ou après avoir avalé d'une traite trois banana split, nous ne verrions plus aucun inconvénient à avoir voyagé dans le temps. Kami se demanderait quand même pourquoi toutes les personnes âgées se saluent entre elles, comme pour se dire tu vois moi aussi je suis vieux maintenant, moi aussi j'ai le droit de m'assoir dans le tram et de monopoliser les caisses des grandes surfaces aux heures de pointe. Je dirais à ma femme que tout de même, elle serait très critique, et que surtout, elle me ferait bien rire.
_____La nuit retomberait alors nous irions nous coucher sans avoir retrouvé notre femme, alors, la larme à l'½il, tristes de l'avoir peut-être perdue à tout jamais, nous nous endormirions somme toute rapidement et sans trop de difficulté.
Mais nous serions rapidement réveillés par une tempête océanique, le bateau chavirant sur les vagues tsunamiques, les nuages déversant flots marins et trombes salées sur notre pauvre bicoque. Alors je sortirais nu sous mon anorak, pour faire face aux éléments déchaînés, car j'aurais lu pendant mon adolescence Amélie –notons les nombreuses références littéraires dans ma prose- et que j'aimerais moi aussi offrir mon corps à la pluie torrentielle. Je me dévêtirais donc, et m'allongerais à même les planches de bois de la barque, afin de subir les assauts répétés mais infatigables du déluge. Je finirais par m'endormir en même temps que la tempête et je saurais bien, le lendemain, pourquoi je serais malade comme un chien. L'ennui c'est que je n'aurais pas prédit qu'il me faudrait me moucher vingt-cinq fois par jour pendant une semaine, heureusement pour moi que ma mère va acheter ses cartouches de mouchoir en Belgique, où a vie est paraît-il moins chère, voilà pourquoi Jean-Philippe aurait tenté une évasion malheureusement sous le feu des médias et les flashes des paparazzis.
_____C'est alors que j'userais un énième mouchoir en papier –c'est que par souci pour les Verts qui sont mes amis, je ne dirais pas le nombre- que je retrouverais en même temps femme perdue, dont les larmes auraient fini par sécher en même temps que le pont, et terre à l'horizon, que j'identifierais sans mal, en géographe de profession mais historien de passion comme étant les Canaris.
« Nous ne sommes plus loin, clamerais-je accompagné du chant mélodieux des passereaux, Terre ibérique, nous voilà ! ».

![XXIII. Quand on s'estime sain, sauf qu'on achète pour 7¤50 de pièces d'un centime pour les vernir en bleu. Calum E.T. Jane.[αятι¢ℓє νιηgт- sιχιέмє вιs]](http://f8.img.v4.skyrock.net/f85/kuzcocroquis/pics/1789647242_small.jpg)
![XXI. Pour être riche, il faut vendre des surimis en Norvège. Calum E.T. Jane.[αятι¢ℓє νιηgт-¢ιηqυιέмє вιs]](http://f8.img.v4.skyrock.net/f85/kuzcocroquis/pics/1766102328_small.jpg)
![XIX. « J’vais t’bouffer les méninges, j’ai soif de connaissance ». Prémices d'une chronique inachevée.[αятι¢ℓє νιηgт-qυαтяιέмє вιs]](http://f8.img.v4.skyrock.net/f85/kuzcocroquis/pics/1753528080_small.jpg)
![Prémices d'une chronique inachevée, partie 16Je ne vois pas en quoi le fait d'être sincère prouve que je mens.[αятι¢ℓє νιηgт-тяσιsιέмє вιs]](http://f8.img.v4.skyrock.net/f85/kuzcocroquis/pics/1732229624_small.jpg)